Sylviculture? Mais que peut-on cultiver en sylviculture?

Laissez moi répondre à cette interrogation. La sylviculture c’est l’aménagement synthétique d’une forêt. Voici les étapes d’une culture d’arbre.

1ère étape : La coupe à blanc
Comme les grandes entreprises forestières ne sont pas sottes, elles ont vite compris que la coupe à blanc (coupe avec régénération du sol est un terme plus à la mode ces temps-ci) est plus rentable qu’une coupe sélective. Elles rasent de vieilles forêts vierges à coup de centaines d’hectares. Et la machine est bien rodée! Aucune seconde n’est perdue lorsqu’il est question de couper des arbres! Les camions de chargement se relaient avec des délais maximums de 3 minutes pour l’opérateur de la coupeuse. Le temps c’est de l’argent$.

2e étape : La récolte
Tout dépendant du fournisseur, il y a des gens qui ramassent par la suite les cocottes des conifères qui peuplaient le territoire. J’ai bien dit tout dépendant, car certains fournisseurs de pousses font tout simplement des clonages. Les ramasseurs sont payés à la masse de cocottes.

3e étape : La pouponnière
Ensuite, ces petites cocottes sont ouvertes et les graines sont mises à part. Pour le pin gris il faut ouvrir les cônes par la chaleur, elle fait craquer la sève séchée qui recouvre le fruit. Les graines sont ensuite placées dans une gelée très nutritive. Les jeunes pousses résultantes sont placées en serres avec température, lumière, nutriment et humidité contrôlés. Ces plants sont si forts qu’ils ont leur pousse annuelle de couleur mauve! Oui des arbres mauves!

4e étape : L’Expédition
Les pousses ayant maintenant un réseau racinaire développé sont arrosées de pesticides hautement toxiques et emballés en paquet de 25 habituellement. Les employés les prennent en paquet et applique une pellicule plastique autour des racines du paquet. Au Québec, les compagnies ont recourt à des « cassettes » qui sont réutilisables. Ensuite les arbres sont placés dans des boites de carton imperméabilisé. Ils sont finalement renvoyés dans la forêt.

5e étape : La plantation
Une planteuse ou un planteur place ces arbres dans ses sacs, en ayant auparavant retiré la pellicule plastique de tous les paquets. La personne plie la boîte vide et part avec environ 500 jeunes pousses totalisant un poids d’environ 25kg. Le but ultime de tout planteur est de planter ces 500 arbres en 1heure et arriver avec le dernier arbre juste en face d’une boîte pleine. Si le temps c’est de l’argent lors de la coupe, ce l’est autant pour la plantation. Les planteurs sont payés en moyenne 0.08$ par arbre dans l’Est du Canada et autour de 0.14$ dans l’Ouest. La différence de prix s’explique par la difficulté des terrains.
Il y a les terrains préparés et les terrains non préparés. Les terrains préparés sont généralement plus accessibles et on y trouve moins d’obstacles pour les planteurs. Par contre les planteurs sur de tels terrains doivent faire extrêmement attention à l’espacement entre chaque arbre ainsi que la qualité de sa mise en terre. Les terrains non préparés sont généralement plus difficiles à planter. Le prix unitaire sur ces terrains est donc plus élevé et ils sont généralement plus amusants.

Il y a les %&*$# de mouches! Des mouches noires, les mouches à chevreuils, les taons à cheval et les éternels maringoins. Il y en a tellement que lorsqu’on se penche pour mettre un arbre en terre on a l’impression de recevoir une poignée de riz cru en pleine figure.

Il y a les ours. Ils sont surtout curieux plutôt que dangereux. Ils aiment surtout les dîners des planteurs.

6e Étape : L’entretient
Après avoir laisser pousser cette belle monoculture d’arbres durant quelques années, des débroussailleurs débarrassent le terrain aménagé des essences non désirées. Afin d’avoir un rendement maximal, il faut comme de raison éliminer la compétition.

Dernière étape : Le triste constat
Avez-vous remarqué toutes les ressources engagées dans la sylviculture? Le tout uniquement dans le but de réparer les dommages faits par les coupes à blanc! Personnellement, je n’y comprends absolument rien. La nature nous fournit gratuitement des arbres, alors pourquoi faire des coupes à blancs stériles? Il me semble qu’il serait plus logique d’exploiter la forêt d’une façon plus rentable, mais en diminuant le volume de coupe. Sans oublier la demande artificiellement élevée de fibre ligneuse.

Alors au nom de tous les planteurs que je connais et même de ceux que je ne connais pas, la prochaine fois que vous utiliserez un produit de la forêt comme le papier par exemple, s’il vous plaît, faites en une utilisation responsable. Une feuille imprimée d’un seul côté mérite une deuxième vie et une feuille utilisée des deux côtés mérite de se retrouver dans un bac vert.

Merci
Pierre-Yves L’Espérance
Co-coordonnateur PolySphère