Certains événements, qui se déroulèrent lorsque j’écrivais cet article, laissent croire que la lutte des groupes écologistes aurait porté fruit. Tout d’abord il y a eu le refus du maire de Beauharnois de soumettre un vote pour changer le zonage à l’endroit où devait être construite la centrale à la date prévue. Il évoque le manque de transparence d’Hydro Québec pour appuyer sa décision. Dans ce cas des questions monétaires auraient pesé dans la balance. La ville voudrait ainsi régler un litige qui l’oppose depuis dix ans avec la société Hydro-Québec au sujet de la centrale hydroélectrique de Beauharnois. Alors l’impact qu’aura eu la grande manifestation du dimanche 1er février sur la décision du maire est incertain.

Par contre, le mouvement GreenPeace a commandé un sondage à la maison SOM et les résultats sont assez frappants! Il en sort que 67% de la population serait en désaccord avec la construction de la centrale au gaz naturel et seulement le quart soit 25% y serait en accord tandis que 8% ne savait quoi répondre. Voilà une preuve irréfutable que la manifestation ne fut pas vaine.

Mais les bonnes nouvelles ne s’arrêtent pas ici, loin de là! Notre cher premier ministre du Québec, nous a cordialement informé qu’il fléchissait devant la grogne et qu’il confiait le dossier à la Régie de l'énergie et lui donne soixante jours pour étudier le déficit appréhendé par Hydro-Québec.
Et voilà, nous nous reverrons dans soixante jours. Mais d’ici là…

Vous savez, nous sommes toujours à proximité d’une catastrophe. En effet, l’arme ultime qui a fait que le gouvernement s’est rétracté est que la société d’État nous appartient à tous collectivement. Vous, vos parents et moi et mes parents. Si la Régie stipule qu’Hydro-Québec avait véritablement raison sur ses appréhensions de déficit énergétique d’ici 2008, alors il faudrait empêcher la construction de la centrale à tout prix. Car il est possible toutefois que le président de la société ait dit la vérité lorsqu’il stipulait que nous manquerons d’électricité d’ici 2008. Vous savez le parc immobilier du Québec ne cesse de croître ainsi que son économie, jumelez ça avec le fait que nous sommes les plus grands gaspilleurs d’eau et d’électricité de la planète. Par contre le Comité Environnement ne croit pas à la solution que propose André Caillé.

Si jamais il laisse les permis de construction de la centrale à General Electric, alors il est peu probable que l’opinion publique pourra faire échouer le processus, car seulement les actionnaires majoritaires bien cravatés auront droit de vote. Et j’ai rarement vu des actionnaires fléchir à cause de l’opinion publique, je vous laisse deviner pourquoi. D’où l’importance du geste du maire de Beauharnois, M. Charlebois.

Il faut aussi savoir qu’Hydro-Québec détient 40% des titres de l’entreprise Gaz Métropolitain. Pourquoi je vous raconte cela? Quelle compagnie fournira le gaz naturel essentiel au fonctionnement de la centrale? Bon je vous laisse faire vos propres conclusions, mais ce sont des arguments uniquement économiques. Ce qui fait croire au Comité Environnement que la construction de cette centrale n’est qu’un enjeu économique sans égard aux questions environnementales ni aux questions sociales. Dans le fond, le message est assez clair : « Québécois continuez à gaspiller, nous allons même vous donner un coup de main pour le faire»!
Ce type de message que nous envoi nos grands dirigeants est plutôt inquiétant. Surtout que Jean Charest est un ancien ministre de l’environnement à Ottawa sous le règne de Mulroney, qu’il a proposé et fait adopter le Plan vert, qui se veut une mise en application du concept de développement durable par l'intégration des considérations environnementales et économiques.

Des solutions comme celle de Pierre Couture, scientifique à la solde d’Hydro-Québec et inventeur du moteur roue, sont passées aux oubliettes pour des raisons toujours nébuleuses. Son idée est une centrale urbaine. Il est vrai que ce type de centrale ne servirait qu’à alimenter la métropole aux heures de pointes avec sa puissance théorique voisinant les 1000MW. La fraction productrice de cette centrale est un trou d’environ 2m de diamètre et de trois kilomètre de profondeur avec trois turbines, une à chaque kilomètre. Ce trou situé à proximité du fleuve, nécessite toutefois que l’eau qui est passée par les trois turbines soit pompée vers le fleuve en heures hors pointe. Elle ne serait donc pas aussi rentable énergétiquement parlant qu’une centrale au gaz naturel. Avec toutes les questions qui fusent au sujet de la légitimité de construire une centrale thermique et sur cette crainte d’une éventualité de pénurie évoquée par la société d’État, un tel projet de centrale urbaine serait possiblement une option plus acceptable. Son temps de construction n’est estimé qu’à un an et les coûts, non dévoilés, seraient moindres que ceux de la centrale du Suroît. Cependant, nous détenons peu d’informations à ce sujet. Nos informations n’étant qu’un article Hydro ignore un projet de centrale urbaine sans pollution parut dans l’édition du Devoir du 22 janvier 2004. Tout de même j’abonde dans la direction du maire de Beauharnois lorsqu’il dit qu’Hydro-Québec manque de transparence dans ce dossier.

Peut-on faire mieux? Oui. Vous vous souvenez lors des dernières grandes vagues de froids? Moi aussi brrr… Hydro-Québec avait appelé la population à réduire sa consommation électrique alors que le mercure tournait autour de -40°C, facteur vent inclut. Le résultat fut époustouflant, des économies allant de 500 à 600MW, l’événement avait été couronné de succès dans tous les médias. Pourtant la puissance estimée du Suroît est de 800MW, il en fallait peu pour y parvenir non? Est-ce un signe qu’il ne suffit que d’un peu de solidarité pour réussir ce qu’une centrale polluante peut faire? Non, certainement pas seulement cela, mais si on y rajoute des mesures toutes simples d’économie à l’échelle de nos résidences et de nos commerces, je suis prêt à parier que nos chances seraient extrêmement bonnes.
Depuis longtemps nous assistons tous ensemble à une remise en question sur nos façons de faire de la politique. De plus en plus de gens s’aperçoivent de l’importance capitale de l’environnement tant au niveau biologique qu’au niveau économique. La protection de l’environnement ne devrait pas seulement attirer les idéalistes utopiques de ce monde, elle devrait préoccuper tous les grands dirigeants de ce monde pour ses nombreux avantages économiques et sociaux. Ils pourraient ainsi avoir de grandioses plans d’avenir sans jamais craindre le manque de matière première, le tout en respirant un air plus saint.

Pour ce qui est du Suroît, ce que nous pouvons faire c’est signer le manifeste de la coalition Québec-vert-Kyoto (http://www.quebec-vert-kyoto.org). Ensuite nous pouvons tous et chacun faire notre part pour réduire notre consommation énergétique, spécialement la consommation électrique. Mais d’après moi il est primordial de s’informer, d’être curieux et de rester ouvert à tous les discours et de se faire notre propre opinion en la matière. Il est certain qu’en écrivant cet article, je ne pouvais rester impartial mais j’espère que vous comprendrez et en prendrez compte. J’espère aussi que cet article suscitera des discussions constructives pour ainsi ouvrir un vaste dialogue étudiant sur cette question d’ordre politique, économique, mais surtout environnementale.
Rappelez-vous qu’après Vous, qu’après Nous, il y aura Eux et non le néant…

Pierre-Yves L’Espérance
pierre-yves.lesperance@polymtl.ca
Comité Environnement