Dans nos sociétés dites libres et démocratiques, le rôle joué par les médias d’information est primordial. En effet, ils illuminent nos choix politiques et économiques en nous dressant un portrait résumé de l’actualité, chose qu’aucun de nous ne peut se vanter de faire par lui-même. Dans ce cas on peut affirmer sans se tromper qu’ils sont des outils indispensables à l’épanouissement d’une culture démocratique à la justesse de ses valeurs intrinsèques. D’où l’importance de recevoir une information juste et objective.
La situation canadienne est disons quelque peu inquiétante. Selon une enquête réalisée par Reporters Sans Frontières le Canada occupait en 2003 le 10e rang pour sa liberté de presse. Or une étude similaire fut achevée en 2002 par la même organisation et le Canada était au 5e rang! Qu’y a-t-il pu se passer pour qu’un tel dérapage se produise en si peu de temps?
Il ne faut pas se surprendre de cette dégringolade, rappelons nous ce petit Wilfred faisant la une du Journal de Montréal alors qu’au même instant la guerre en Irak faisait rage et que l’on était en pleine campagne électorale. Il y a aussi eu tout le battage médiatique entourant Loft Story qui accaparait de vastes espaces dans la section culturelle de la Presse. Et quoi encore, depuis quand le voyeurisme et le sensationnalisme peuvent se vanter d’être des éléments culturels? Sans oublier le Devoir avec ses titres souvent trop accrocheurs.
En citant le nom Quebecor World la première chose nous venant en tête c’est Journal de Montréal, TVA et Videotron. Mais Quebecor c’est bien plus gros! Effectivement c’est plus de 8 quotidiens urbains, 8 quotidiens régionaux, 175 hebdomadaires régionaux, le réseau CANOE et Netgraphe, 7 maisons d’éditions, 18 magazines, 2 journaux alternatifs, 3 groupes de distribution, la maison Archambault et les supers clubs Vidéotron. Et il y a plus encore, c’est aussi le plus gros imprimeur commercial au monde, pas pour rien qu’il y a World dans Quebecor World. Sans oublier qu’ils impriment aussi le Devoir. « Tous les jours, quelqu'un, quelque part, lit un journal ou un magazine, achète un livre, regarde une émission de télévision ou écoute un disque... Ces produits ont de fortes chances d'avoir été imprimés, diffusés, réalisés ou distribués par Quebecor ! » c’est écrit noir sur blanc sur leur site.
Une si grande concentration des médias entre les mains d’une seule entreprise donne efficacement des frissons dans le dos. Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg. Selon une étude récente de Henry Milner, auteur de La Compétence civique – Comment les citoyens informés contribuent au bon fonctionnement de la démocratie aux éditions de Les Presses de l’Université Laval, il y aurait 28% de Québécois qui seraient ce qu’on appelle des analphabètes fonctionnels. Ces gens savent lire, mais seraient incapable de comprendre l’essentiel d’un texte articulé. Toujours selon la même étude, les Québécois francophones passeraient en moyenne 26 heures par semaine devant la télévision. Sans oublier que seulement 26% des électeurs âgés entre 18 et 24 ans auraient exécuté leur devoir de citoyen d’aller voter lors des dernières élections fédérales. Même s’il est facile de comprendre pourquoi nous sommes désintéressés de la politique fédérale, il est aberrant de ne pas exercer son droit de vote tout de même.
Pour le Québec, la situation n’est guère glorieuse du moins il semble. En fait j’aimerais sonner une petite alarme en chacun de vous. Depuis quelques temps je m’interroge sur ce que lisent mes camarades de Poly, si jamais ils lisent d’autres choses que d’ennuyants manuels de cours. Comme chacun s’en doute quelque peu, la lecture ouvre les portes d’un vaste monde de connaissances de toutes sortes. Qu’on lise des romans, des revues, des journaux, des sites Internet, des traités philosophiques ou des essais, notre bagage intellectuel ne peut que s’accroître. Cependant, il faut rester prudent vis-à-vis les lectures que nous faisons et toujours garder un certain esprit critique, car dans ce monde sophiste il est facile de se donner un titre et faire gober n’importe quoi sur la seule présomption d’un savoir juste. Des charlatans, il y en a partout malheureusement et parallèlement à ce que je disais plus haut, la plupart de nos décisions quotidiennes se prennent sur la base d’informations reçues de tierces personnes.
Prenons l’exemple d’un personnage sans montre à une gare dépourvue d’horloges. Comment fera-t-il pour savoir à quel moment exact il devra se préparer à monter dans son train sinon de demander l’heure à un passant. Imaginez un peu que le passant possède une montre déréglée. Alors notre pauvre personnage cours le risque de manquer son train. Alors comment pourrait-il remédier à cette situation? Il pourrait tout simplement demander l’heure à plusieurs personnes dans un intervalle de temps assez court.
La situation est semblable lorsque vient le temps de voter à diverses élections, ou de participer à la vie collective. En renonçant à notre devoir de s’informer correctement nous risquons tout simplement de manquer le train. Personnellement, je n’aime pas trop l’idée de laisser ma destinée entre les mains du hasard, je préfère la prendre en main. Il m’est donc inconcevable d’ignorer les événements qui influencent directement ou indirectement ma vie et la vie collective dans laquelle je baigne. Un autre exemple tout simple, faites-vous vos examens avec une pièce de 25cents que vous faites tournoyer dans les airs en espérant qu’elle vous donne la bonne réponse? Si la réponse est oui alors s.v.p vous me réécrirez à la fin de votre bac car je ne voudrais pas passer sur les ponts ou dans les voitures que vous concevrez. La même chose s’applique à la vie politique, je crois que nous souhaitons tous qu’un gouvernement élu se dote d’un cadre législatif qui reflète nos intérêts en tant que peuple et individu. Mais pour l’élire il faut moindrement s’être informé au préalable.
Mais quel est le rapport avec l’environnement? Et bien c’est très simple, puisque le domaine privé ne s’intéresse à la question environnementale qu’en cas de pression gouvernementale, il faudra un jour se pencher sur la pertinence des politiques actuelles en matière d’environnement. Pourtant une tâche qui s’inscrit si bien sur papier semble quasi inaccessible en pratique présentement. En effet, pour conscientiser la masse aux questions qui touchent l’écologie il faudrait idéalement passer par les médias populaires. Mais ces médias ne répondent que trop efficacement à la demande de leur clientèle soit du voyeurisme et sensationnisme à profusion. Sans oublier les pressions du secteur privé en matière de publicité et de visibilité. Finalement y a-t-il de la place dans ces médias populaires pour l’émergence d’un discours plus rehaussé, plus avant-gardiste voir progressiste? Pourquoi pas! Mais il faudrait un réel changement dans les priorités de la population. Il faudrait un désir grandissant d’information juste et transparente jumelé avec une sensibilisation à l’actualité mondiale et historique. Car le problème du réchauffement planétaire ne touchera pas seulement le Québec, mais la terre entière. S’il est une sphère où le mot « Mondialisation » devrait réellement signifier convergence de l’action c’est bien la sphère environnementale.
Beaucoup de leaders mondiaux semblent préoccupés par la lutte au terrorisme. Mais cette guerre entre gouvernements divers et sombres groupuscules ne profitent qu’aux armées, médias, compagnies pétrolières et terroristes. Finalement ce sont les peuples qui en font les frais. Nous savons tous que le terrorisme tue et généralement dans une violence excessive. Ces atrocités sont condamnables certes mais ne légitiment en rien le silence médiatique sur la pollution. On peut remarquer une hausse de 1 à 2 décès par jour de grand smog dans une ville comme Toronto, sans compté une hausse marquée des hospitalisations ces mêmes journées. Prenons cette situation globalement, c-à-d à travers la planète et sur une année complète alors je ne serais pas surpris si la mortalité associée à la simple pollution atmosphérique mondiale serait semblable à celle dû aux attentats terroristes. Mais pourtant nous entendons parlé plus souvent d’atrocités liés à l’activité terroriste ou guerrière que d’atrocités environnementales.
Par ailleurs la santé qui semble si importante aux yeux de la population est intimement liée à l’environnement. Mais constatez par vous-même l’ironie, ce gouvernement qui se targue d’avoir la santé en priorité numéro 1 ne se gênent toutefois pas d’accorder à Hydro-Québec des permis pour la construction d’une centrale thermique tout juste à côté de la ville la plus populeuse de la nation. De plus, il y a ces compagnies forestières qui opèrent dans le Nord du territoire provincial, effaçant de la carte des milliers d’hectares de forêts avec l’assentiment de tous les gouvernements jusqu’à maintenant. C’est merveilleux, il y a de l’emploi, il y a des profits, de quoi réjouir les grands actionnaires et les gouvernements. Seulement personne ne semble se soucier des impacts écologiques et environnementaux de telles pratiques. Si la population était adéquatement informée et cherchait moindrement à l’être peut-être qu’on n’en serait pas là, « parce qu’un peuple éclairé fait des choix éclairés ». L’absence de volonté environnementale des différents partis politiques nous coûtera très cher, mais pas grave, on aura qu’à faire comme toujours et léguer ce délicat problème à nos enfants. Pourquoi faire aujourd’hui ce que l’on peut remettre à plus tard? Mais peut-on réellement remettre aux calendres Grecques les questions environnementales? Non, on ne peut tout simplement pas se permettre ce luxe. Et comme le dit si bien mon cher ami Piquette : « La Terre n'est pas un cadeau de nos ancêtres, c'est nos enfants qui nous la prête » qui l’a lui-même pris de Antoine de St-Exupéry.
Pierre-Yves « TiPy » L’Espérance
Comité Environnement
Sources : http://www.quebecor.com/htmfr/2_0/index.asp
http://www.santepub-mtl.qc.ca/Environnement/air/pdf/enjeux-Kyoto.pdf
http://www.rsf.org/article.php3?id_article=8240
http://www.rsf.fr/article.php3?id_article=4097
Le Devoir édition du samedi et dimanche 13 et 14 mars.